• Sarah Jodoin-Houle

L'Homo numericus au travail

Mis à jour : juin 20

Recherche de chaleur humaine, contrôle d’image et pression sociale


Depuis quelques années déjà, certains sociologues ont commencé à parler d’une transition de l’Homo sapiens à l’Homo numericus[1], à savoir l’humain numérique. Selon leurs dires, le numérique est devenu une véritable extension de nous : un outil, des facultés, un nouveau langage, et une nouvelle façon de concevoir le monde.


C’est indéniable, le numérique prend de plus en plus de place dans nos vies de connectés – d’hyperconnectés. Et, qu’on se le dise franchement, depuis l’éclosion de la pandémie, nous communiquons quasiment exclusivement avec des machines pour créer des connexions humaines. La consommation en ligne, qui était déjà à la hausse, a explosé : épicerie en ligne, écoute de films et de série en streaming, achat de vêtements ou de fournitures de bureau sur le web… Bien que les machines contribuent grandement à faciliter le confinement (merci, internet!), reste que cette perte de chaleur humaine inquiète du point de vue de la santé mentale. D’abord, parce que l’humain a besoin de contacts. Mais aussi, parce les interactions à distance facilitent le contrôle de notre image... et contribuent à la pression sociale.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, nous étions déjà régulièrement confrontés à des messages de succès, à des portraits de famille léchés, des images de professionnels accomplis… Ces jours-ci, nous sommes plus connectés que jamais, que ce soit pour suivre l’actualité, passer notre anxiété en naviguant sur notre téléphone, ou consommer du contenu en ligne. D’ailleurs, on ne compte plus les articles, conférences en ligne, baladodiffusions et les lives qui sont lancés par des professionnels de tous milieux.

Or, la majorité des contenus partagés en ligne sont fabriqués et ne reflètent pas toujours la réalité. Mais il n’en demeure pas moins que nous nous y comparons. Inconsciemment, nous comparons notre apparence physique, notre logis, nos installations de télétravail, notre façon de gérer la crise... En bref, sans le vouloir, nous comparons notre résilience et notre niveau de bonheur à celui de Geneviève de Villeray, que nous n’avons jamais rencontrée.

Il en va de même pour nos carrières – et cela ne date pas d’hier. Depuis des années, nous sommes submergés, sur LinkedIn et ailleurs, de messages du genre « the harder you work, the luckier you get », de publications de gens fiers de leur métier, de compagnies ayant remporté des prix… L’excellence, le travail acharné et la performance sont mis de l’avant, constamment. Même ces temps-ci.

Le partage d’histoires à succès et d’images inspirantes est fondamentalement positif, et rafraîchissant – loin de moi l’idée de dénigrer cette pratique!


Simplement, en ces temps étranges de confinement, il convient de se rappeler que les images, vidéos et citations partagées sur le web sont sélectionnées avec soin par les émetteurs de messages. Il en va de même pour les courriels minutieusement rédigés. Oui, certains arrivent à être performants au travail, à organiser des activités trippantes pour leurs enfants, à faire leur propre pain et à s’entraîner.

… mais cela constitue une portion de la réalité seulement.

On le sait, chacun vit la situation à sa manière, chacun a sa propre réalité. Inutile de se comparer. Mais aussi, il peut être avisé de se rappeler que les apparences sont souvent trompeuses.

N’oublions pas que nous avons temporairement perdu la possibilité de déceler l’humeur de nos collègues en étirant notre cou pour les saluer en passant devant leur bureau. Sans contact spontané, notre lecture des situations et notre jugement peuvent être grandement altérés.

D’ici au retour à la « normale », prenons la peine de nous appeler, et évitons de se limiter aux courriels ou aux plateformes de collaboration comme TEAMS ou Slack pour communiquer.

Oui, c’est une bonne idée de planifier des vidéoconférences via des plateformes telles que ZOOM ou Skype. Mais parfois, un simple coup de fil fait la job. D’ailleurs, dans certaines circonstances, l'appel téléphonique peut être un meilleur choix, parce qu’il permet une forme d’intimité que la vidéoconférence ne permet pas (plus anonyme, focus sur le ton de la voix et les propos plutôt que sur l’image…).

En somme, même réunis, l’ensemble des médias de communication numérique ne permettent pas d’accéder au même ressenti que les contacts en personne. Soit. Mais certains donnent tout de même plus d’information émotionnelle et nous renseignent davantage sur l’état de nos collègues qu’un échange écrit ne le pourra jamais.


[1] Formulation inspirée de Milad Doueihi, Historien de l’Occident moderne et auteur de La Grande conversion numérique (2008)


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